Le 21 janvier 1907, au terme de l’ultime représentation de La Maison de Poupée, Oskar Serti retrouva dans sa loge l’actrice Véronique Coulanges qui venait d’incarner pour la dernière fois l’inoubliable Nora. Tandis que de l’autre côté de son paravent, Véronique abandonnait ses habits de scène, il vit soudain, le coeur serré, la robe de Nora projetée dans les airs. Ce dernier sursaut de vie le toucha si profondément, qu’au moment où la robe retomba sur le rebord du paravent, une manche ballante, il voulut que jamais elle ne s’arrête de bouger. Espérant ne pas attirer l’attention de Véronique sur son curieux manège, il s’approcha sans bruit de la robe et se mit à souffler sans interruption sur la manche afin qu’elle poursuive éternellement son mouvement.
Mais après quelques minutes d’un effort soutenu, il vint à manquer d’air et la tête lui tourna. Au bord de l’évanouissement, il s’agrippa désespérément à la manche, mais ne put éviter la chute.
Lorsqu’il reprit ses esprit, empêtré dans la robe de Nora, Serti eut la déception de constater que Véronique ne s’était en aucun cas souciée de lui. Il mit son attitude sur le fait qu’elle était peut-être devenue jalouse de son propre rôle.

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