Le musée des Beaux-Arts

 

Lorsque la décision fut prise de placer la collection du Musée des Beaux-Arts de la ville de Tours, il fut demandé à James Langston, restaurateur émérite, d'évaluer les risques de dégradations susceptibles de mettre en danger les œuvres les plus significatives. On l'invita également, dans le pire des cas où un processus de vieillissement serait entamé pour certaines d'entre elles, à en déterminer les causes exactes. Malgré son grand âge, Langston s'attela à cette tâche. Un an plus tard, il remit un rapport détaillé sur la question.

Certaines toiles, par le contexte particulièrement théorique qui les entoure, provoquent chez leurs spectateurs, plus de commentaires qu'à l'accoutumée; elles s'exposent ainsi à de graves altérations dues au taux anormalement élevé de CO2dégagé devant elles par chaque visiteur.

Certains insectes, comme les Sirtonis, ont le sentiment de camoufler en mangeant une partie de la surface sur laquelle ils sont posés. Lorsque l'on parvient à les déceler sur une peinture, il suffit de les écraser dessus pour remettre les couleurs en place.

Certains artistes, tellement dandys, se parfument si généreusement qu'il arrive aux couleurs les plus sensibles de leurs tableaux, affectés par le trop constante proximité de ces effluves, de produire en réaction de petites émulsions blanchâtres.

Certaines couleurs spécialement chaudes, lorsqu'elles sont appliquées sur une toile d'un lin trop végétal peuvent raviver celui-ci au point de lui faire développer de jeunes pousses capables de percer la croûte de peinture.

Certains peintres virtuoses donnent une telle impulsion à leur pinceau que celui-ci peut en perdre ses poils. Fixés sur la toile dans une position courbe, contre nature, ces poils ont, avec le temps, tendance à se redresser.
L’opération, qui peut durer jusqu’à trente ans, entraîne généralement de légères craquelures à la surface du tableau.

Certaines oeuvres, à cause de leur verre de protection, présentent de tels reflets, que toute personne qui veut les regarder en face croit les avoir déjà vues.

Lors de sa parution, le rapport LANGSTON fit tant de bruit qu'une contre-expertise fut aussitôt exigée. Découvrant avec soulagement l'excellent état de conservation des oeuvres étudiées, elle aboutit à la conclusion suivante : à force de regarder la même image durant tout un mois, les taches et autres parasites que James Langston croyait voir à la surface des œuvres, et dont il voulait absolument expliquer la présence, se trouvaient en réalité à l'intérieur de son œil beaucoup trop éprouvé par une telle observation.